Une initiative de l’AGAME (L’Association des gens d’affaires du Mile-End) et de ses membres qui ont comme mission d’encourager l’économie locale, l’esprit communautaire et l’évolution positive de notre quartier.


Dev par Barkas. Design par Wedge. Direction Créative par Sarah Di Domenico.

Voici
Bouquet

Vivre en haut. Travailler en bas. Véro s'est confectionné un espace bien à elle et de superbes sacs à main pour aller avec. Tout ça grâce à un vrai coup de chance.

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#b2Salut Véro !
Je me rappelle de toi, tu as été modèle pour The Stowe. Quand j’ai appris que tu ouvrais cette boutique de produits de cuir, j’ai senti la révélation d’une superpuissance créative. Quand as-tu décidé de te lancer dans le domaine ?

Ah ah ! Eh bien, asseyons-nous et prenons une bière. Il fait soleil, je veux boire une bière ! Donc quand est-ce que j’ai commencé la maroquinerie ? Quand j’ai fini le cégep, je suis allée à l’Université Concordia pour étudier le commerce. Et j’étais genre « OK, c’est ce qu’il faut faire, c’est intelligent ». Tout ce qui est fun et créatif n’est qu’un passe-temps. J’ai fini le programme, j’ai eu mon baccalauréat. C’était vraiment dur. Je n’étais pas du tout motivée, j’étais l’étudiante qui est absente, qui va en classe et qui en part le plus rapidement possible. Ce qui est vraiment dommage parce que l’université est un moment fait pour rencontrer des gens.

J’ai commencé à travailler pour une entreprise de cuir appelée Fullum & Holt. Ils existaient depuis plus de cent ans et faisaient des produits en cuir pour beaucoup de marques comme Brooks Brothers, Helmut Lang, même Walmart. Ils avaient aussi leur marque maison, Fullum & Holt, que je gérais. Mon titre était « directrice de compte », mais je ne sais pas trop ce que ça veut dire.

Je devais m’occuper des opérations, de l’inventaire, des ventes, du service à la clientèle, du marketing et aller dans les foires commerciales. L’entreprise n’allait pas bien, donc c’était une première expérience d’emploi difficile parce que ton travail n’est pas remarqué. L’attention est portée sur les entrées et sorties d’argent, le financement, et non sur le capital humain, il n’y avait pas d’esprit d’équipe. La compagnie a fait faillite, j’étais sans emploi et j’ai pris du temps pour déterminer la suite.

Pendant que je travaillais là, j’étais curieuse de la fabrication et de l’artisanat et je demandais toujours « Comment marche cette machine ? » Je me suis donc dit que j’avais peut-être besoin d’essayer quelque chose de complètement différent. À vingt-six ans, je suis retournée au cégep, au programme de maroquinerie du Vieux-Montréal. J’ai plongé à pieds joints dans un programme de trois ans. Terrifiant ! Ils ont huit écoles de métiers d’arts comme le verre, la joaillerie et la lutherie, des métiers qui vont disparaître s’il n’y a pas de relève… Nous avons commencé avec treize personnes dans mon programme et nous avons fini à six. Le taux d’abandon est fou. J’y ai appris la maroquinerie française.

#b7Qu’est-ce que la maroquinerie française ?

Des techniques de finition très haut de gamme. Quand je dis « française », pense Hermès, Louis Vuitton, tout est dans les détails. Le style américain, en comparaison, est plutôt fait de bords bruts et de cuirs épais. Quelques un des professeurs avaient travaillé pour ces marques françaises haut de gamme, ils avaient donc tout vu et nous ont transmis ces connaissances.

Peux-tu nous apprendre quelque chose à propos de la maroquinerie qu’on ne sait peut-être pas ? Instruis-nous.

Bien sûr ! Le montage allemand est un type de fabrication de sac. Je vais te montrer un prototype pour que tu comprennes… Regarde comme on dirait que le cuir rentre vers l’intérieur.

Il y a aussi le soufflet mexicain qui est un type de fabrication utilisé pour les porte-documents par exemple. Ça ressemble un peu à un accordéon. Quand tu commences à jouer avec ces types de fabrication, c’est plus technique. Le cabas classique est souvent cousu à l’envers, ce qu’on appelle le montage en piqué-retourné.

Tu vis au-dessus de la boutique. Ça semble être la situation parfaite pour beaucoup d’entre nous. Qu’est ce qui est venu en premier, l’appartement ou la boutique ?

C’est plutôt cool ! Ça fait sept ans que je vis dans le Mile-End. J’étais sur la rue Clark avant avec ma sœur et mon amie d’enfance, qui est comme une soeur, c’était mon premier appartement. Et maintenant je suis sur Bernard depuis trois ans. L’espace en bas était vacant depuis des mois. Tout l’été dernier (2016) c’était vide et chaque fois que je passais devant je me faisais des idées. J’avais mon atelier dans une chambre de mon appartement à l’époque.

Un jour je me suis levée, fatiguée d’avoir mon atelier dans la maison — c’était le bordel, des bouts de cuir partout, c’était compliqué de travailler de la maison, j’étais distraite… Donc j’ai contacté le propriétaire avec ce que je pouvais lui offrir. Ce n’était pas beaucoup d’argent. Il a dit non. Et je me suis dit « OK, j’aurai essayé » .

L’été a passé et c’était toujours vide donc je l’ai contacté une autre fois, lui offrant même moins que la première fois. Je n’avais pas d’autres plans et je n’avais rien à perdre. J’étais étudiante, je n’avais pas beaucoup d’argent. Le jour d’après, il m’a réécrit en me disant « OK » . J’ai signé le bail et une semaine après je suis passée de n’avoir aucun plan à avoir des clés et un local sur la rue Bernard.

« C’est à ce moment-là que je me suis demandé  “OK … qu’est-ce que je fais ?” Je n’avais pas d’argent, de marque ni de plan d’affaires, rien. »

J’allais mettre mon atelier dans le fond, mettre mes créations sur une table à l’avant et j’allais avoir des commentaires de première main des clients de cette manière.#b5

#b6#b4#b3Ça montre qu’il n’y a pas de vraie recette. Parfois les choses arrivent, un coup de chance ou une série d’évènements qui débouchent sur une opportunité et si tu as du cran, tu sautes, ce qui amène à la prochaine étape et ça s’enchaîne. Tu réagis sur le moment.

Pour moi, il est important de ne pas attendre que l’idée parfaite se présente dans la vie. Je n’avais pas d’idée, je ne savais pas ce que je voulais, ni quoi faire. Mais je pense qu’il vaut mieux casser la routine, casser l’équilibre et faire quelque chose de spontané. C’est mieux de faire ça que d’attendre que quelque chose arrive par magie. Il faut juste faire quelque chose, tout mène à quelque chose d’autre.

Es-tu une personne courageuse ? L’instinct pour expérimenter et sauter dans le vide n’est pas naturel pour tout le monde.

Je pense, oui. Courageuse ou stupide, je ne sais pas trop lequel des deux ! J’aime prendre des risques et si ça ne marche pas, ce n’est pas la fin du monde. Je dis à tout le monde « quelques milliers de dollars de dettes ce n’est pas comme monter une entreprise de technologie et se retrouver avec des millions de dollars de déficit. » On peut toujours s’en sortir. La dette ne me fait pas peur. Je suppose que c’est bon et mauvais en même temps. Je n’ai pas peur.

Initialement, tu as lancé l’entreprise avec une partenaire, mais maintenant tu diriges la marque seule. Quelle est la plus grande différence entre opérer en solitaire ou avoir un copilote à ses côtés ?

#b1J’étais seule au départ et j’ai rencontré une fille qui avait fait le même programme que moi et je me suis dit « hum… je t’aime bien, j’aime bien ton style ». Ça pouvait marcher. Donc je lui ai demandé si elle voulait faire ça avec moi. Elle est montée à bord et m’a aidée à décoller. Elle m’a influencée d’une très bonne manière parce que je ne voulais pas commencer une marque, je voulais m’éclater avec l’atelier et expérimenter. Mais elle a dit non, commençons à créer une marque autour de ça. On a commencé ensemble et elle a eu d’autres opportunités on s’est donc séparé et maintenant je suis seule.

C’est beaucoup pour une personne. Mais il y a beaucoup d’aspects positifs à ça. Ne pas avoir à valider chaque idée avec l’autre personne, surtout quand vous êtes toutes les deux créatives. C’était arrivé à un point où nous nous faisions valider chaque post Instagram, ce qui est une perte d’énergie. Mais un partenaire divise le poids c’est sûr. Avoir quelqu’un sur qui compter. C’est dur d’être seul, mais sympa pour prendre les décisions créatives avec ton instinct. Comme accrocher un origami en papier géant à la fenêtre ! C’est tellement gris, je veux de la couleur !

Quelle est l’esthétique que tu recherches pour Bouquet ? J’ai remarqué une palette de couleur distincte dans ta boutique, avec tous les bouts de cuir. Rose tendre, des tons de vert nature, bleu, jaune moutarde…

#b8J’adooooooore la couleur. Mais peu de gens veulent acheter de la couleur. C’est un peu délicat. Il n’y a pas un grand marché du luxe à Montréal, ce qui est mon marché. Et je n’ai pas encore de boutique en ligne, c’est en construction. Quand on paie 300 dollars pour un sac, on ne veut pas qu’il se démode de sitôt. Donc automatiquement — il est noir.

« Je veux aider les gens à se sentir uniques, à oser un peu. »

J’intègre des doublures de couleur pour rendre les sacs un peu plus excitants. Le rose et le bleu sont mes couleurs préférées ces derniers temps. Parce que je fais beaucoup de choses personnalisées en ce moment, ce que je veux n’est pas vraiment important. J’essaye de donner autant de liberté que je peux au consommateur. Je conçois les sacs avec les clients.

D’où vient le nom Bouquet ? Pourquoi l’as-tu choisi?

Trouver un nom est la chose la plus difficile du monde. D’abord, nous avons cherché des termes relatifs au cuir. La première couche d’un cuir est appelée la fleur, donc nous avons pris une direction florale. On a essayé tous les noms de fleurs, les noms de fleurs en latin, tout. Je pense que c’est une amie de mon ancienne partenaire qui a pensé à Bouquet.

« Nous voulions que ce soit anglais et français à la fois. On était fières de notre langue française et je trouve que ça aurait sonné faux si c’était trop anglais. Et ça a juste marché. »

Tu tiens un bouquet, tu tiens un sac. Les bouquets sont beaux, nos sacs sont beaux. Tu donnes un bouquet à quelqu’un que tu aimes, tu offres un sac Bouquet. Et les lettres sont jolies.

Et tu es proche de la boutique de fleurs emblématique, Dragon Flowers, sur Bernard.

Oui ! Les gens me demandaient « As-tu appelé ta boutique Bouquet à cause de Tammy ? » Je me disais « peut-être qu’un jour si ça décolle et que nous n’avons plus l’espace et que nous sommes en ligne, ça peut devenir une partie de notre histoire ».

Parles-tu souvent avec Tammy ?

Elle sait tout sur moi. J’ai la boutique, je vis au-dessus avec une de mes meilleures amies et une autre de mes meilleures amies habite dans le bâtiment aussi. C’est la meilleure chose. Je me réveille le matin et elle monte me voir, on discute dans mon lit avant de commencer nos journées. C’est une bonne dynamique. Elle a vécu une rupture et moi aussi, tu sais les garçons ça va et ça vient et Tammy adore les potins ! Je suis revenue avec mon copain et Tammy me disait « Il a changé. Il paraît mieux. Ça va aller mieux. Vous semblez heureux ». Elle est mes yeux ! Mais nous sommes aussi des voisins vigilants.

Une fois à 2 h du matin, quelqu’un a essayé de la cambrioler. Ma voisine est descendue et a crié sur le gars et sa copine qui étaient en train de voler ses fleurs. « C’est les fleurs de Tammy
! Tu dois payer pour ça. Remets-les ! »
Tout le monde s’occupe des uns et des autres. Et Tammy est mon inspiration. Elle travaille tout le temps et dort souvent sur le banc dehors, bien que je doute que quelqu’un ait besoin de fleurs à 4 h du matin.

« Être entrepreneure, c’est très exigeant et très fatigant, tu te remets souvent en question et il n’y a pas de salaire de base. Mais tu es libre. C’est génial. »

Tu finis par travailler bien plus que du 9 à 5. Tu travailles tout le temps. Des fois, je commence à déprimer, puis je la vois et j’ai un regain d’énergie. Tammy était debout toute la nuit à faire des bouquets la fin de semaine de la fête des Mères. Puis elle a travaillé comme une folle toute la journée pour les vendre et le jour d’après encore.

Quel est le conseil le plus sage que Tammy t’ait donné ?

Le seul conseil qu’elle ne m’ait jamais donné est que tu n’as pas besoin d’un homme. Aussi, qu’il faut travailler fort dans la vie. Quand j’ai ouvert, elle m’a offert un très joli arbre en disant qu’il avait une bonne énergie. L’arbre est mort. Il n’y a pas beaucoup de lumière dans la boutique. Je ne sais pas ce que ça veut dire… Mais elle est super ! Tammy est inspirante.

#bouquet1#bouquet2Faisons un petit tour au-dessus de la boutique vers ton appartement. Avec quoi aimes-tu le meubler ?

Plein de choses venant surtout de ventes de succession, principalement de Cape Cod et aux alentours. Des trucs de riches Américains ! Ça semble bizarre pour certains d’avoir des choses de personnes décédées… Imagine, tu entres dans une magnifique maison et il y a tous ces souvenirs, ces lettres, ces vieilles photos, ces antiquités, ces objets divers et c’est pas cher, pas cher, pas cher ! Tu entres dans la vie de quelqu’un d’autre. C’est un peu morbide, mais mon copain et moi on aime vraiment ça, ça nous transporte dans un autre monde.

Un été, nous avons loué une voiture, une Fiat convertible rouge, pour aller en camping à Cape Cod. Nous n’avions pas prévu d’acheter quoi que ce soit, mais nous avons ramené tellement de choses, beaucoup de cadres et des miroirs, la voiture allait exploser ! C’était un casse-tête de#b9 tout faire rentrer, jusqu’au dernier taille-crayon vintage. Nous sommes chanceux de ne pas nous être fait fouiller à la frontière !

Peux-tu nous partager quelques-uns de tes endroits préférés dans le Mile-End ?

Récemment, Le Butterblume. J’aime m’asseoir au comptoir toute seule. Bon mon copain peut être là aussi, c’est OK. Mais j’aime m’asseoir là et me perdre dans mes idées en les regardant faire les plats. Leur cuisine est ouverte. Tout ce qu’ils font est tellement délicieux et recherché. L’autre jour, je me suis assise pendant 15 minutes à regarder le chef faire de la pâte à ravioli de deux mètres de long. J’étais fascinée !

Quand le soleil se montre, Café Olimpico est un classique. Le soleil sur le patio est fantastique. Mon magasin (ha ha !), c’est là que je passe tout mon temps. Je commence ma journée avec Benoît au Dépanneur Café. Phyllo Bar Melina’s est génial. Joanna (la propriétaire) est ma personne préférée. Son énergie est contagieuse et le spanakopita est bon !

Il y a aussi la Fruiterie Mile-End. Bob (le propriétaire) me connaît depuis que je suis petite. J’ai grandi dans NDG et il avait une fruiterie en bas de ma rue. Il a fermé, j’ai grandi et on a perdu contact. Quand j’ai déménagé dans le Mile-End, je suis allée faire mon épicerie et j’ai réalisé que c’était Bob ! « Comment va ta mère ? », qu’il me lance. Je me suis tout de suite sentie chez moi.

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Adaptation par Caroline Desmartin
Révision par Laurence Perras
Photographie par Wedge
Illustration par Mathieu Dionne