Une initiative de l’AGAME (L’Association des gens d’affaires du Mile-End) et de ses membres qui ont comme mission d’encourager l’économie locale, l’esprit communautaire et l’évolution positive de notre quartier.


Dev par Barkas. Design par Wedge. Direction Créative par Sarah Di Domenico.

Voici
Monastiraki

L’artiste et copropriétaire de Monastiraki, Billy Mavreas, nous parle de lapins démoniaques, de zines LGBT et des autres curiosités que l’on peut trouver dans sa galerie-boutique.

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#mon6#monas3#monas4Bonjour Billy !
Je crois qu’on peut dire sans se tromper que Monastiraki est autant une galerie qu’une boutique, et même plus ! On peut découvrir beaucoup d’artistes ici.

En effet. Ici, c’est la rencontre de plusieurs artistes ayant des styles différents. Ce n’est pas simplement ma vision ou celle d’Emily – Emily O’Brien, ma partenaire en affaires. C’est à la fois une galerie et une boutique. C’est le fruit d’une évolution naturelle qui s’est faite au fil des années et voilà pourquoi nous n’avons jamais fait de lancement officiel. Dans le Mile-End, plusieurs boutiques ouvrent leurs portes et tout est déjà parfait. La boutique est prête, la décoration et le plafond sont terminés, tout est impeccable. Il n’y a pas de vécu et ça se sent. Et c’est correct ! Ici, c’est le point de rencontre entre plusieurs communautés, leur histoire, leurs anecdotes. Pour moi, c’est l’important. Et ce serait très difficile de créer une marque autour de tout ça.

« La tendance, et là je ne veux pas dire que c’est la fin de l’authenticité, mais la tendance semble se diriger vers des lieux très intentionnels. La croissance naturelle ou accidentelle n’a plus sa place. »

Dans notre carnet de visite, les gens écrivent « J’adore le concept ! » Je n’ai pas de concept. Il n’y a jamais eu de grand lancement et j’en suis reconnaissant.

Je crois que cet endroit est très unique et lorsque l’on crée quelque chose d’artistique, ça permet aux gens de le voir à leur manière. Ce n’est pas comme si tous les gens enlevaient leur chapeau pour aller au temple, si tu vois ce que je veux dire (rires).

Et c’est accessible. Ici, une œuvre coûte entre 10 et 200 dollars, pas 5000 dollars. Les collectionneurs qui débutent peuvent acheter une reproduction à 20 ou même 40 dollars s’ils se sentent fous. C’est une bonne chose pour moi, car j’ai toujours souhaité que l’art soit accessible à tous, une source d’inspiration pour tous. Et l’inspiration, ça n’a pas de prix. Monastiraki sert de passerelle entre deux mondes.

#mon7Que signifie le nom Monastiraki ?

C’est un quartier à Athènes, en Grèce. C’est un labyrinthe de ruelles et d’étroites rues où l’on peut trouver tout plein de marchés aux puces qui représentent bien le quartier. C’est tout plein de freaks, de musiciens ambulants, de rastas, de punks. Il y a une ambiance dynamique, urbaine. Et juste à côté, il y a des boutiques de souvenirs qui vendent des objets faits en Chine. C’est ça, Monastiraki. Mon père et mon oncle ont ouvert la boutique en 1998 et l’ont appelée ainsi, car c’était un marché d’antiquités où l’on vendait des meubles, des lampes et des chaises. C’était plein à craquer.

#mon2As-tu conservé des objets de cette époque ?

J’ai tout défait pour des raisons artistiques. Il reste encore quelques œuvres, comme M. Moustache ici, dans son cadre ovale. Il est ici depuis toujours. Je ne sais pas d’où il vient, mais le magnifique cadre ovale date de 1880, environ. C’est le genre d’objet qui demeurera toujours ici, car je ne pourrais jamais le vendre.

Et à côté de M. Moustache, ce sont des menottes ?

Des menottes de caoutchouc, oui. Pour le boudoir.

C’est vraiment une collection complète ! Le nom sied la boutique à merveille. Quand as-tu repris le flambeau ?

En 2000, avec l’aide de mes amis et de ma partenaire, nous avons fait de cet espace ce qu’il est maintenant. J’ai pris beaucoup de place, car je suis un artiste avant tout. Je me suis donné un espace où vivre. Les gens visitent la boutique et demandent si nous sommes un collectif et je leur dis « Non ». C’est notre espace et nous invitons des artistes à le partager. Ou alors, les gens demandent « Es-tu un artiste ?» et je leur dis « Oui » en me mettant à chercher mes œuvres dans la boutique. C’est un peu décousu.

Selon toi, quelle est la différence entre un artiste qui dirige une boutique et un entrepreneur ?

Je ne suis pas un entrepreneur. J’ai une business, mais je ne suis pas un homme d’affaires. Un entrepreneur a un plan, choisit des objets pour leur potentiel de vente, selon une esthétique. Ça peut être joli, car il y a tant de belles choses qui existent, mais ça ne viendra pas nécessairement de Montréal. Et tout ce qu’on a ici ne vient pas seulement de Montréal, mais tous les gens avec qui l’on fait affaire sont venus nous visiter en personne.

« Pour moi et pour mes clients, c’est la découverte qui compte. Et la découverte, ça ne se calcule pas. C’est un accident et c’est ça que j’aime. C’est comme ouvrir une boîte sans savoir ce qui s’y cache et d’être émerveillé par ce qu’on y trouve. »

J’ai discuté avec eux. Je ne trouve pas les objets sur Etsy. Tu pourrais remplir le Stade olympique de beaux objets trouvés sur Etsy et les gens achèteraient tout. Mais je me fous de ça ! Laissons ça aux autres. Je n’ai pas été élevé comme ça.

#monas5Comment choisis-tu les artistes qui se retrouvent dans ta boutique ?

Beaucoup de gens nous visitent et ont quelque chose à nous montrer. Je suis toujours partant. Ça ne fonctionne plus autant comme ça qu’avant. Je ne choisissais pas les gens, ils nous choisissaient. Si ce sont des abrutis, alors là, non. Mais les abrutis viennent rarement ici. Nous avons un filtre pour ça. L’abruti, c’est moi en fait. Donc, c’est ça, les gens viennent nous voir, nous montrent leurs œuvres et on décide ensuite du prix de vente. C’est tout. Plus ça va et plus je prends de la place en tant qu’artiste. J’accroche mes œuvres au mur, mon nom est inscrit à côté. J’ai commencé à faire ça consciemment quand je me suis rendu compte que je ne serais pas ici ad vitam aeternam. Ça va bientôt faire 20 ans que nous sommes ouverts et je ne veux pas être le gars qui a déjà eu une boutique. Je veux que ça me serve de tremplin vers la prochaine phase de ma vie. Dans le monde des arts, comme toujours. Je me suis donc dit que ce serait une bonne vitrine pour dévoiler mon travail. Si je me lasse de vendre des choses un jour, j’aurai au moins profité d’une visibilité en tant qu’artiste.

#mon3J’aimerais que tu me montres tes œuvres ! Que fais-tu ?

Je peins, je dessine, je fais des collages, du bricolage, de la sérigraphie. Je suis une pieuvre qui porte plusieurs chapeaux. Je fais de la bande dessinée, des cartoons. Je fais du pop art, des peintures de lapin. Un lapin qui joue des mauvais tours. C’est plutôt conceptuel. C’est un être qui se transforme. Lors de notre dernier vernissage, j’ai présenté mes dessins de lapin. L’événement s’appelait « Démons », car il y a tous ces gens qui m’envoient des œuvres de lapin, mais les lapins ne m’intéressent pas. Je ne dessine pas de lapins, c’est un cartoon, un personnage. C’est ridicule. Son visage change sans cesse, mais la forme reste la même. Mais tout ça, ce n’est qu’un seul aspect de mon travail.

#monas2Mis à part les lapins démoniaques ?

Je fabrique des livres, des étampes, je dirige des ateliers, des tables rondes créatives. J’ai offert deux séminaires de 8 semaines à la Fédération des auteurs québécois intitulés « littérature hybride ». C’est-à-dire raconter des histoires avec tout ce qui est à notre disposition. Du collage, du dessin, du texte, des zines. Je suis un des cofondateurs d’Expo Zine (mais je ne participe plus). C’est une grande foire pour les zines indépendants. Depuis 1986, je fais aussi des affiches pour des spectacles de musique à Montréal.

#monas6#monas1#mon9#mon4Pourrais-tu me montrer des œuvres d’autres artistes qu’on retrouve ici ?

Bien sûr. Commençons par Todd Stewart qui a une formation en architecture et en urbanisme. Voici une sérigraphie de la Place Ville-Marie. Il a tout un portfolio de villes. Il y a ici Winnipeg, Rio, Hamilton en Ontario, São Paulo. Sa sérigraphie de Montréal est magnifique.

Le Montréalais Raymond Biesinger, lui, est célèbre pour ses affiches et il illustre pour tous les magazines et les sites web les plus connus. Ses portraits de Montréal sont très populaires. Si tu cherches un appartement du Mile-End sur Airbnb, tu verras sûrement ses œuvres accrochées ici et là.

Amélie Legault dessine de charmants animaux à bicyclette sur des cartes qui se vendent comme des petits pains chauds.

Voici le zine Life and Times of Butch Dike, d’Eloisa Akino. Il s’agit de biographies illustrées d’artistes lesbiennes et d’autres personnalités connues. C’est imprimé par B & D Press.

Kolaj est un joli magazine sur le collage contemporain. C’est un magazine montréalais et ça parle de tout plein d’artistes d’ici. C’est merveilleux !

#mon8Qu’est-ce qui pique ta curiosité ?

Des bouts de papier. J’aime les choses qui n’ont pas nécessairement de valeur marchande. De là mon côté artiste, plutôt qu’entrepreneur. Certaines personnes viennent ici à la recherche de porte-plume. Non, je n’ai pas de porte-plume. Je n’ai pas de montre. Je ne vends pas de pièce de monnaie. Je me fous de Coca-Cola. OK, tu trouveras peut-être un cabaret Coca-Cola. Bravo ! (applaudit) Ce que j’aime moi… Tiens, voici ce que j’aime (se déplace vers un présentoir). On a presque une exposition d’art contemporain, là-dedans. Ce sont des notes écrites à la main, à vendre pour 1dollar. Il s’agit d’objets trouvés.

#mon5#monas9Où as-tu trouvé ces lettres ? Ramasses-tu des morceaux de papier dans la rue ?

Oui. Rien ne m’échappe. J’ai trouvé beaucoup de photos ainsi. Normalement, il y a deux types de réactions. La première « Beurk, pourquoi voudrait-on les vieilles photos de quelqu’un d’autre ?»  Et l’autre, qui est « Oh, cool ! » Ces gens-là regardent toutes les photos et achètent toujours quelque chose. Dans un article pour Le Devoir, on m’a interviewé pour parler de vieilles photos. Lorsque j’étais plus jeune et que je trouvais une vieille photo de diplômé dans la rue, je la ramassais et je la gardais dans mon portefeuille, car c’est là qu’on garde les photos — pour les conserver. Mais un jour, ma collection s’est mélangée aux vieilles photos qu’on vend à la boutique. C’est le genre de chose qui arrive quand tu travailles dans un endroit comme celui-ci. C’est étrange, cette transition entre mes effets personnels et ces objets en vrac. Je trouve ça assez amusant.

Pour être franche, es-tu un collectionneur compulsif ?

Non. Seulement avec les objets faits en papier. Les cartes, les brochures, les bandes dessinées, les autocollants, les enveloppes. J’aime les photos. J’ai une collection de dessins faits par des enfants. Soit faits par des enfants que je connais ou lors d’ateliers. Nous avons eu une exposition, il y a quelques mois, et on y présentait seulement des œuvres faites par des enfants. Ils les ont eux-mêmes accrochées aux murs. Nous avions fait une demande de soumission à la communauté, en parlant aux parents.

#mon1Quelle est l’histoire derrière l’enseigne qui dit « Prochaine question »  ?

C’est moi qui l’ai fait. Il n’y a pas vraiment d’histoire rattachée à ça. Je fais beaucoup d’affiches et je les vends ici. J’ai aussi fait cette bande dessinée et ce livre à colorier pour enfants. J’aime l’art visuel où le texte est prédominant. Les écriteaux, c’est quelque chose qui me vient naturellement. J’écris des textes qui parlent de langue. J’ai étudié en littérature anglaise et j’ai fait beaucoup d’affiches pour des soirées Spoken Word dans les années 90.

#monas7#monas8Ma dernière question, mais non la moindre : quels sont tes endroits favoris dans le Mile-End ?

Avant, je disais toujours aux gens « Allez chez Riddles, sur Bernard ! » Mais ça n’existe plus. C’était une boutique d’équipement de pêche, tenue par un vieil homme. C’était un endroit complètement fou, étrange et idiosyncrasique. Mais pour ce qui est encore là, j’adore le restaurant polonais, à côté de l’église sur St-Viateur. C’est un endroit très spécial et je ne veux jamais le voir disparaître. Je commande leur soupe aux épinards. Il faut y aller avec un ami et séparer l’assiette polonaise. Ça vient avec un peu de tout. J’aime beaucoup Ta Chido, sur l’avenue du Parc. C’est sans prétention, sympathique, simple. Et avec tous les jouets qu’il y a là-bas, tu comprends bien le propriétaire. Il n’essaye pas d’être quelqu’un qu’il n’est pas. Je vais toujours chez S.W. Welch pour les livres d’occasion et j’ai même déjà fait des signets pour eux. Je vais au Café Club Social. Aujourd’hui, j’ai pris un sandwich au resto vietnamien Sencha. La Casa Del Popolo et La Sala Rossa sont des établissements fantastiques. Ce sont des endroits que je considère comme authentiques, sans prétention.

Le Mile-End est le genre de quartier que tu peux vraiment découvrir en marchant. Tu peux voir comment les gens vivent. C’est un quartier où il fait bon marcher. C’est gratuit et c’est merveilleux. Lorsque je vois des guides touristiques que je n’ai jamais vus avant, je me demande souvent « Mais d’où prends-tu toutes ces histoires ?! » S’obstiner sur le meilleur marchant de bagels ou le meilleur café, je m’en fous ! Mais ce que j’aime des visites guidées, c’est les liens qui se créent entre les gens. C’est vrai, non ? Tu attends en ligne pour ta crème glacée ou pour ton falafel et tu fais connaissance avec quelqu’un. Vous apprenez à vous connaître.

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Adaptation par Marie-Laurence Grenier-Trempe
Révision par Laurence Perras
Photographie par Sarah Di Domenico
Illustration par Mathieu Dionne